Lundi 13 avril 2009 1 13 /04 /Avr /2009 17:49
Le temps est sinistre. Il pleut mais je ne suis pas au bout de mes surprises. En arrivant dans la cuisine, le couple de retraités m'attend pour le déjeuner. Impossible de couper le pain. Dur comme du béton. "Ah, il est un peu dur peut-être ?" oui " Prenez le nôtre" Et il me tend un pain rassis. Moralité. Ils gardent le pain sec pour les pélerins.
Je prends le chemin, déprimé. Je tente d'appeler un ami et je tombe sur son répondeur. Un peu plus loin, un panneau à l'entrée d'un lotissement vous glace le sang. Randonneurs, pélerins, respectez les hommes et la nature. Passez votre chemin, ne vous arrêtez pas ". Et quelques minutes plus tard, un chien hargneux ( sans laisse bien sûr ) grogne aprés moi et menace de me mordre. C'en est trop pour mes petits nerfs fragiles ce matin là. Je me mets à pleurer. Fort heureusement, sous la pluie, cela ne se voit pas. Car, il faut bien le dire, le week-end de Pâques voit débarquer son cortège de pèlerins du dimanche; Ceux qui font le chemin par tout petit bout. Ils sont en général en couple ou entre amis et disent bonjour du bout des lèvres. On sait jamais, je pourrai taper l'incruste !
Arrivé à Eauze, je retrouve au café Christian et les Québéquois. Christian me fait bien rire en me sortant de sa pôche sa dernière trouvaille. Une sorte de Taser. Il s'agit en fait d'une bombe au poivre particulièrement efficace en cas d'attaque de chien. Il vient de l'acheter dans une armurerie. J'avoue que l'idée me tente de plus en plus tant la race canine devient un vrai calvaire sur ce chemin.
Mon rayon de soleil viendra de mon compagnon de chambre. Un espagnol beau comme un dieu. Seul détail un peu gênant, il pourrait être mon fils. Tant pis, je me contente de me noyer dans ses yeux bleus quand il me parle. Peter fait le chemin à vélo. IL est de St jacques de Compostelle et fait des repérages pour un tour opérator. Le jeune pélerin présente un avantage considérable; Outre sa beauté, il ne ronfle pas !
Par Miarka
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Lundi 13 avril 2009 1 13 /04 /Avr /2009 17:24
Le ciel est agité, le temps est à l'orage et au loin, je perçois la chaîne des Pyrénées. Gilbert, un retraité qui fait sa promenade quotidienne m'accompagne une demi heure. Le temps pour lui de me raconter son histoire. Gilbert a commencé a travailler à 14 ans dans une coopérative agricole. Trés vite, il a gravit les échelons pour devenir contremaître. A 50 ans, le nouveau conseil d'administration, sans préavis, décide de le mettre au placard. Une décision qu'il digère trés mal. Il est victime d'un angor puis d'une dépression nerveuse. Licencié pour cause de longue maladie, il menace de tout faire sauter " comme à Blaye, vous savez ! ".
Les gendarmes doivent intervenir pour le raisonner. Finalement, les patrons cèdent  il quitte son travail avec une pension d'invalidité. Gilbert aujourd'hui participe à des tours de chant avec sa femme. Au répertoire, Piaf et de la variété française. Mais, la page pour Gilbert ne s'est jamais tournée. Il refuse toujours de passer en voiture devant la coopérative agricole de Condom. Son histoire a une résonnance particulière pour moi.
Le ciel est menaçant. Dans la petite église de Routgès, j'allume quelques bougies. Ambiance feutrée et zen alors qu'il commence à pleuvoir.
En reprenant le chemin, j'entends derrière moi des gens qui parlent; Plus précisemment, l'un d'eux. Je reconnais sans hésiter Christian le forgeron. Il avait décidé de faire un détour par Rocamadour et à l'allure avec laquelle il marche, il m'a rejointe les doigts ( de pied ) dans le nez. Toujours aussi agité mais bon bougre, il m'invite à un somptueux repas de fromages du pays achetés au marché de Montréal que nous dégustons sur une petite table sous les arcades pendant que les maraichers rangent leurs étalages.
Sur les conseils de Christian, je pars en direction de la ferme du soleil. Et les ennuis commencent. Je me trompe de chemin et je fais 3 km de plus. En fin de journée, çà fatigue trés vite. Sous la pluie, j'arrive chez Max et les ferrailleurs. Une maison phoenix avec des bungalows gardés par des chiens qui puent. L'endroit est sinistre. Je pars en courant. J'atteris finalement dans une chambre d'hôte dans le même hameau. Un couple d'agriculteurs retraités qui ont la gentillesse de m'inviter à leur table. ( repas frugale, omelette, salade et fromage mais je m'estime déjà heureuse d'avoir quelquechose à manger dans ce bled paumé ). Nous discutons quand même de vins et d'histoires de paysans.
Par Miarka
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Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /Avr /2009 14:53
Le chemin se poursuit dans ce paysage vallonné. Un pêcheur rencontré au bord d'un étang m'explique que l'on doit la beauté des lieux aux rochers. " Sinon, ici, ce serait comme la Beauce. Pas un arbre et que des champs !". Pendant que je jette un coup d'oeil attentif sur ses 3 cannes à pêches qui doivent sonner dés qu'une carpe se signale, cet homme jovial et bavard me parle d'Astaffort, là où il vit mais aussi le lieu de villégiature de Francis Cabrel. " Un homme simple, pas bégueule et qui a beaucoup fait pour la commune. Il a acheté des maisons qui tombaient en ruine pour les transformer en médiathèque, salle des fêtes, restaurant. Et là, il interrompt sa tournée une journée pour participer à un concours de chant qu'il a mis en place !". Je laisse mon homme à ses cannes à pêches qui n'ont pas sonné pendant la demi heure qu'a duré notre conversation. Je me dis que ce loisir est une école de patience dont je ne pourrai jamais être l'élève !
A Condom, je retrouve mes canadiens qui semblent avoir été subjugués par la cathédrale. Un bel exemple d'art gothique flamboyant qui, pour ma part, me laisse de glace. Je préfère la petite chapelle Ste Germaine quelques kilomètres avant dans son écrin de verdure qui respire, dans son architecture romane, quiétude et sérénité.
Par Miarka
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Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /Avr /2009 14:32
Le beau temps est revenu et je retrouve enfin le plaisir de marcher. Le Gers ne me déçoit pas. A partir de Lectoure, c'est une mosaïque de camaïeu de vert saupoudré du jaune du colza. Un paysage vallonné qui respire la quiétude et la bonne humeur.
Le village de Marsolan avec sa petite esplanade qui surplombe une vallée est un enchantement. J'admire la petite allée de marronniers qui monte vers l'église. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, je retrouve en cette journée ensoleillée mes petits vieux ( avec la bêche, cela va de soit ) qui aiment tant converser. Ce couple de retraité par exemple qui vit " ou va-t-on, on se le demande !  " avec 750 euros par mois. D'anciens agriculteurs qui étaient en fermage parce qu'ici dans le Gers " de quoi voulez-vous qu'on vive à part l'agriculture".
Le chemin à certains endroits est collant. Ici, on dit que la terre est amoureuse de vos chaussures.
Une journée de marche tranquille même si le dessous de mon pied gauche me fait toujours souffrir.
En arrivant à La Romieu, je découvre les premiers stigmates de la tempête dans le sud Ouest. Des pruniers couchés par dizaines et qui dans un dernier sursaut de vitalité, fleurissent. Mais j'apprendrai par la suite qu'ils sont foutus et que même maintenant, certains aux racines fragilisées, se couchent encore au moindre coup de vent.
La Romieu a été pendant longtemps un village à l'abandon. Les anglais et le succés du film "Le Bonheur est dans le pré" ont contribué à son renouveau. Le cloître de la collégiale est un hâvre de paix dont la touche romantique n'aurait pas déplu au peintre allemand Gaspard Friedrich ( enfin, quelque chose comme çà ). Il parait qu'il y a 15 ans, le jardin du cloître était encore rempli de ronces. Malgré sa simplicité, je le préfère de beaucoup à celui de Moissac.
Dans l'église, un prêtre en soutane noir s'affaire à astiquer les candelabres. Il chantonne des cantiques. Je chuchote un bonjour avant d'attaquer les 150 marches de la tour qui me permettent de découvrir le Gers en cette fin d'aprés midi.
Je finis la journée sur une terrasse au soleil. Le bonheur absolu. Danielle et Gaelle qui dorment elles aussi au Couvent me rejoignent. J'apprends que Gaelle est attachée de presse pour le festival du cinéma méditerranéen de Montpellier. Quant à Danielle, sous son côté bimbo se cache en fait une vraie sportive qui a fait de l'escalade et de la randonnée glaciaire sur le Mont Blanc.
Nous dégustons à nous trois la spécialité locale, le pousse rapierre à base d'Armagnac et de mousseux et poursuivant avec un petit Cahors au restaurant. L'alcool aidant, nous prenons de jolis fous rire en évoquant nos anecdotes sur le chemin, la palme revenant bien sûr aux bigots d'Estaing qui, je m'en rends compte maintenant, font désormais partie de la légende du Camino.
Par Miarka
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Mardi 7 avril 2009 2 07 /04 /Avr /2009 16:57

Cela devait arriver. La pluie. La vraie. Celle qui vous transperce partout, qui mouille les chaussures. Mon champs de vision sous ma capuche se résume à un carré de goudron. Car le Gers a eu une intention louable, aménager des chemins le long de la route. Mais, sous la pluie, c'est un peu "Good morning Vietnam". L'argile qui s'accumule sous les chaussures transforme chaque pas en démarche avec scaphandrier : 1 kilo de boue à chaque pied. J'emprunte donc, quant je le peux, la route. Je marche sans m'arrêter pendant 7 heures avant d'être chaleureusement accueillie par un hospitalier au presbytère de Lectoure. J'aurai comme compagnes de chambre 2 québéquoises. Il y aura aussi les 4 canadiens anglophones avec qui j'ai dîné la veille. Je me demande bien dans quelle langue mes québéquoises vont parler car mes canadiens aussi sympathiques soient-ils ne font aucun effort pour s'exprimer en français.

J'ai la réponse au repas que nous partageons avec le couple d'hospitalier Monique et Jacques. Les québéquoises refuse apparemment de prononcer le moindre mot d'anglais et semble d'ailleurs copieusement ignorer leurs compatriotes.

A la fin du repas, les canadiens entonnent des chants de leurs pays. Autour de la table, il y a aussi 2 françaises, Danielle et Gaelle. J'apprécie assez vite leur esprit caustique.

Par Miarka
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